M & V : qu’est-ce que Réunicatho ? Quel est son objectif et comment définissez-vous votre association ? Marie-Alix Doutrebente : Réunicatho est née à la suite de la promulgation du Motu Proprio Summorum Pontificum, en 2007, pour aider à établir le dialogue entre les pratiquants des deux formes liturgiques, afin de favoriser l’application du Motu Proprio dans les paroisses de France. A l’origine, ce sont des pères de famille de Versailles, demandeurs de la forme extraordinaire dans leurs paroisses respectives, qui, devant les réticences de l’évêque du lieu, ont décidé de créer ces rencontres. La première a eu lieu en septembre 2008, deux autres en novembre 2009 et en novembre 2010, et la quatrième le 15 janvier dernier. Au départ, ces rencontres étaient destinées à amorcer un dialogue entre des prêtres de paroisse, diocésains, avec les demandeurs de la forme extraordinaire, mais au fur et à mesure des rencontres – surtout les deux dernières – il a paru intéressant et nécessaire d’inviter des personnalités de l’Eglise, pas forcément Françaises, qui apportent une expérience en rapport avec leur fonction. Nous avons accueilli l’année dernière Mgr Nicola Bux, prélat qui a de nombreuses responsabilités à la Curie, et cette année Mgr Athanasius Schneider, qui est un proche collaborateur du pape Benoît XVI et l’un des principaux artisans de la réforme de la réforme. Ces rencontres sont-elles vos seules activités ou en avez-vous développé d’autres ? C’est la seule activité de Réunicatho, annuelle pour le moment. Nous n’avons pas les moyens matériels, ni humains, d’en faire davantage pour le moment. Mais nous sommes à la disposition de nos amis de province s’ils désirent promouvoir ce type de rencontre ailleurs qu’à Paris. Avez-vous des rapports avec le Groupe de Réflexion entre Catholiques (GREC) ? Les activités des deux associations se ressemblent-elles ? Je fais le lien entre les deux associations. Les pères de familles qui ont créé Réunicatho avaient en effet contacté le père Lelong, membre du GREC, qui les avait renvoyés vers moi, car ils souhaitaient établir des contacts avec les autorités ecclésiales. Le GREC existe depuis une quinzaine d’années et n’a pas la même vocation que Réunicatho : c’est un groupe de dialogue entre catholiques qui cherche à créer un climat de confiance entre la fraternité sacerdotale Saint-Pie X et les autorités ecclésiales. Il s’agit donc aussi d’établir un « rapport » entre diocésains et traditionalistes, mais les buts des deux associations ne sont pas les mêmes. Les créateurs de Réunicatho m’ont demandé de les aider à inviter, dès 2008, des personnalités auprès desquelles ils n’avaient pas facilement accès. J’ai donc mis au service de Réunicatho l’expérience que j’avais acquise au sein du GREC en matière de communication, que ce soit avec les autorités ecclésiales ou avec la presse. S’agit-il d’une sorte d’œcuménisme intra-catholique ? Au sein de l’Eglise diocésaine, avec quels types d’interlocuteurs êtes-vous en rapport ? L’expression tradi-œcuménisme, qu’on emploie souvent, est impropre, puisque l’œcuménisme est pratiqué à l’égard de chrétiens séparés de Rome. Cette expression est imagée, mais pas tout à fait juste. Vous me demandez si nous entretenons des relations avec des clercs et des responsables de l’Eglise de France : oui, bien sûr. Ce sont des relations plutôt informelles, des rencontres avec des curés parisiens, avec certains évêques, avec des laïcs engagés dans leurs paroisses, soit parce que l’occasion nous est donnée de les rencontrer, soit parce que nous leur proposons de participer à nos rencontres. Pour créer le climat de confiance qui va inciter un curé à ouvrir grand sa porte à des demandeurs de la forme extraordinaire, il est indispensable de nouer un dialogue entre diocésains et traditionalistes. Lors de la 4e rencontre de Réunicatho, qui s’est déroulée le 15 janvier, ont témoigné des personnes qui n’étaient pas issues du milieu traditionaliste, comme Max Guazzini, producteur du disque d’or Credo, ou encore deux pratiquants de la forme ordinaire et extraordinaire, qui sont membres du conseil pastoral de la paroisse Sainte-Jeanne de Chantal à Paris. C’est vraiment l’application du Motu Proprio. Réunicatho veut bien sûr évangéliser et nous sommes convaincus que la forme extraordinaire est le levain dans la pâte de cette nouvelle évangélisation, à laquelle Benoît XVI nous appelle. Nous avons contacté cette année quelques évêques de France pour leur demander de participer à notre 4e rencontre : malheureusement leur calendrier était trop chargé – et ce n’était pas un faux-fuyant ! L’un d’entre eux, Mgr. Rey, évêque de Fréjus-Toulon, nous a envoyé l’un de ses collaborateurs, l’abbé Biziou, attaché à son secrétariat. J’allais justement vous demander si votre action produit des résultats… Oui, nous constatons que le climat est plus serein d’année en année. Nous avons dépassionné le débat pour construire une vraie réflexion, et cette détente a été particulièrement perceptible à l’occasion de cette quatrième rencontre, où nous avons eu la chance, comme je vous l’ai dit, de recevoir Mgr Schneider. Depuis sa jeunesse, cet évêque missionnaire a suivi avec intérêt l’actualité de l’Eglise, y compris celle des milieux traditionnels. Lorsqu’il définit, d’une manière très spirituelle et doctrinale, les cinq plaies qui entachent la liturgie ordinaire, son analyse ne doit rien aux milieux traditionalistes. Son intervention est à mon avis historique, car en débarrassant la forme ordinaire de ces cinq plaies, on se rapprocherait beaucoup du rite romain pluriséculaire.
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