« Nous pensons qu’en France, le sursaut est possible, que les Français vont à nouveau s’aimer eux-mêmes et s’aimer entre eux, pour se redécouvrir tels qu’ils sont : viscéralement catholiques. »

Numéro en cours

Eric Letty

Editorialiste

Le Front national sans groupe

La chose est claire : le Front national n’aura pas de groupe parlementaire à Bruxelles, ayant échoué à établir l’équation rassemblant le nombre de parlementaires nécessaires (25) appartenant au nombre d’Etats-membres minimum nécessaire (7) pour y parvenir. L’annonce en a été faite, dès son évidence affichée, par Geert Wilders, allié néerlandais en cette occurrence de Marine Le Pen, avant d’être confirmée par la présidente du Front national elle-même. Il n’a donc pas été possible au Front national de trouver six autres partis européens susceptibles de s’allier avec lui au Parlement européen. Non qu’ils n’existassent pas. Mais, précise le Front national, « notre refus de nous allier avec des mouvements dont certains membres avaient affiché des positions incompatibles avec nos valeurs, n’a en effet pas rendu possible la formation d’un groupe politique au Parlement européen avant cette première échéance du 23 juin. Nous le regrettons à court terme mais nous l’assumons comme choix moral et politique juste de long terme ». En effet, le FN n’aura obtenu que quatre alliances ; outre le PVV de Geert Wilders, il y avait le FPÖ autrichien, la Ligue du Nord italienne et le Vlaams Belang belge. Un temps pressenti, la Nouvelle droite polonaise n’aura pas fait l’affaire : les Néerlandais, notamment, lui reprochaient entre autres des positions homophobes. Faisant contre mauvaise fortune – eu égard à une dotation des groupes de plus de 20 millions d’euros ! – bon cœur, le Front national justifie ce raté par le souci de « cohérence politique », selon l’expression de son vice-président Florian Philippot. Pour beaucoup d’observateurs, pire ! pour beaucoup des électeurs qui ont conduit le FN en tête des élections législatives en France, cela sonne un peu comme une gifle – et une relativisation très nette des dites législatives. Et certains manifestent leur incompréhension du refus d’alliance avec d’autres partis européens sous motifs qu’ils sont opposés au FN, justement, depuis quarante ans. Sans compter que l’affirmation de Marine Le Pen selon laquelle un groupe pourra se constituer plus tard, durant toute la durée des cinq ans de mandature, paraît une réponse d’autant plus faiblarde qu’elle affirmait, au lendemain des législatives : « Je n’ai aucune inquiétude sur l’existence future d’un tel groupe. » Et puis, quelle évolution interne à des partis ne désirant pas, ou ne méritant pas actuellement de s’allier avec le FN permettrait ce qui paraît impossible aujourd’hui ? A moins de ne l’envisager sous l’angle d’un débauchage, comme cela se pratique assez habituellement dans le monde de l’entreprise… En outre, ce propos vient en quelque sorte à l’encontre de ce qu’affirmait la présidente du FN lors de la précédente mandature, au cours de laquelle elle expliquait que ni Jean-Marie Le Pen, ni Bruno Gollnisch ni elle-même (alors seuls députés européens du FN), n’avaient de réel poids du fait de ne pas appartenir à un groupe. Enfin, cette non-gifle est tout de même suffisamment cuisante, du moins dans l’esprit de nombre d’électeurs, du fait que le responsable de l’UKIP, Nigel Farage, a réussi, lui, à constituer un groupe grâce à la voix française de Joëlle Bergeron, élue sur une liste du Rassemblement Bleu Marine, mais qui, en délicatesse avec le FN, a finalement apporté la voix qui leur manquait aux Anglais. Une péripétie qui conforte l’adage selon lequel prudence est mère de sûreté. En politique d’abord…

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