L’anachronie mondialiste d’Emmanuel Macron

Rien n’est plus ridicule qu’un pantin qui se déguise en Matamore, mais Emmanuel Macron aime trop les travestissements pour en avoir conscience. Matamore est un guerrier pour la frime, le pantin s’agite et mouline l’air de ses bras en tous sens et finalement sans aucun sens. Hier, il se voulait en « guerre » contre le Russe aux côtés de l’allié américain ; mais voilà que celui-ci fait défaut : désormais, guerre au Yankee ! Face à l’augmentation spectaculaire des droits de douane américains, Macron élabore une « riposte européenne », et appelle les entreprises françaises implantées aux

États-Unis à y suspendre tous leurs projets d’investissements. Hélas ! Les patrons des entreprises du CAC 40 ne l’entendent pas de cette oreille. « Ce que dit Macron, je n’en ai rien à cirer », déclare l’un d’entre eux, cité par Le Figaro. « Nous avons des activités aux États-Unis. Il n’est pas question de les abandonner comme cela. » L’arrêt de ces activités outre-Atlantique ferait d’ailleurs suite à l’abandon de celles engagées par les entreprises françaises en Russie avant la crise ukrainienne. À ce rythme, les entrepreneurs de notre pays finiront par ne plus pouvoir commercer qu’avec l’Algérie, à laquelle le président français continue à faire les yeux doux malgré les avanies dont il est payé en retour…

Macron est mal placé pour reprocher aux grands patrons français de ne pas avoir la fibre patriotique. Lui-même se soucie peu de la France, seule compte l’Europe. Dans son esprit, la confrontation avec la Russie, qu’il s’est appliqué à aggraver alors qu’il aurait été de l’intérêt de la France de jouer les bons offices entre les Russes et les Ukrainiens, doit favoriser la construction de l’Europe fédérale et supranationale en opposition à l’expansionnisme présumé d’une Russie ennemie. De même, face à Trump, le président français appelle à « jouer européen » et ajoute : « Je sais ce qu’il va se passer, les plus gros auront tendance à jouer solo. Et ce n’est pas une bonne idée. » En croyant jeter ainsi une pierre dans le jardin des Allemands, il avoue lui-même la fragilité de sa posture. Qui fait encore cas de sa parole ?

La victoire et la politique de Trump aux États-Unis montrent que l’époque est au retour des nations, plutôt qu’aux ensembles supranationaux.

La construction d’États-Unis d’Europe sur le modèle américain est non seulement utopique, car elle néglige l’histoire constitutive des nations européennes qui nourrit la mémoire des peuples, mais elle apparaît déjà anachronique. À cet égard, Macron, qui se croit moderne, est un homme du passé.

Son Premier ministre, François Bayrou, verse, lui aussi, dans l’anachronisme lorsqu’il déplore le revirement du grand frère américain, en gémissant : « nous qui formions ensemble l’alliance des libertés ». Après le partage de l’Europe entre les États-Unis et l’Union soviétique, le camp occidental avait pu apparaître comme celui des libertés, par opposition à un ensemble communiste coercitif. Mais il s’agissait moins d’une alliance que d’un protectorat américain sur l’Europe de l’Ouest. Aujourd’hui, Trump lui-même met fin à cette hégémonie en déclarant que « l’Union européenne a été créée pour arnaquer les États-Unis, c’est son but, et elle a bien réussi ». Cette affirmation est fausse, car les Américains ont voulu l’union européenne – Jean Monnet, le “père de l’Europe”, fut leur agent d’influence. Les nations européennes devraient néanmoins saisir cette occasion que leur donne le président américain de recouvrer leur indépendance et d’inventer entre elles un mode d’alliance qui leur soit propre. Il est paradoxal que la France, nation phare de l’Europe, laisse échapper cette opportunité de revenir sur la scène internationale ; mais cette perspective ne coïncide pas avec les conceptions idéologiques d’Emmanuel Macron, partisan d’une Europe fédérale qui deviendrait le refuge d’une économie mondialisée et libre-échangiste, après que les États-Unis ont cessé d’en être le fer de lance. Dans cette perspective, la France n’est que le marchepied des ambitions macroniennes. Reste à savoir si les Français l’accepteront.

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