Monde & Vie

Numéro 1039

DOSSIER DU MOIS

Définir un ordre humain

Ce dossier réunit deux monstres sacrés de la philosophie politique, l’un nous a quittés en 1994, Marcel De Corte ; l’autre est bien vivant, Pierre Manent, qui adapte sans cesse une réflexion commencée auprès de Raymond Aron, il y a quelque 50 ans.

La question qu’ils posent tous les deux est la même : existe-t-il un ordre humain ? Ou sommes-nous contraints de nous en remettre aux constructions étatiques, ces États qui n’ont plus grand-chose à voir avec les nations, qu’ils sont pourtant censés représenter, comme le pensait Marcel De Corte (p. 8-10). Ou bien, après leur ruine fatale, seront-ils confiés à des organisations supra-étatiques comme l’Union européenne ? L’émergence de ces techno-structures mondialisées et donc sans entrailles semblait bien, à l’époque de Marcel De Corte, manifester le grand danger, que l’on pouvait appeler un totalitarisme d’État. Nietzsche n’avait-il pas dénoncé dans l’État « le plus froid des monstres froids » ?

Avec Pierre Manent (p. 11-13), nous posons la même problématique, à un moment différent – plus avancé – de l’évolution sociale : il s’agit désormais de retrouver l’être humain comme être essentiellement mais non absolument libre, et il s’agit de le convaincre d’exercer à nouveau sa dignité d’homme libre. Le nouvel ordre mondial est solidement établi ; il faut maintenant entrer en résistance, défendre les institutions comme la nation ou l’université, qui en Europe coïncide toutes deux avec ce que Manent a appelé la marque chrétienne.