Monde & Vie

Numéro 1043

DOSSIER DU MOIS

Les double vérités de l’Empire du bien

Le citoyen a souvent tendance à dénoncer l’absence de liberté de penser en Europe… Mais sans doute ne place-t-il pas la gravité des menaces là où elles sont : dans l’organisation méthodique de la pensée unique, qui peut aller, par l’unanimité présupposée sur laquelle tout repose, jusqu’à ce que Jean Sevillia, à l’époque où il était encore rédacteur en chef du Figaro Magazine, avait nommé le « terrorisme intellectuel ». Dans un livre tout récent Les habits neufs du terrorisme intellectuel, il nous montre combien il avait eu raison dans son analyse à laquelle il ne change rien de fondamental aujourd’hui (p. 10-12).

Dans la deuxième partie de ce dossier, Hervé Bizien est allé solliciter Régis Le Sommier, grand reporter de guerre, qui témoigne, lui aussi des ratés actuels de la machine à broyer ou à diaboliser. Loin d’être tout entier plongé dans l’ère de la post-vérité, qui est surtout caractéristique de notre Occident, le monde cultive quelque chose qui ressemble à la double vérité, dont parlait jadis le philosophe islamique Averroès. Il imaginait un Intellect unique, agitant tous les humains à deux niveaux : le niveau des savants et de l’élite et puis le niveau du peuple qui ne peut pas parvenir au même degré de technicité. Ainsi voit-on le monde sans doute à Davos. À Pékin, on retrouve cette déchirure, mais à l’envers : de ce fait, oui, chacun sa vérité ! Et le terrorisme intellectuel ne peut plus se targuer du monopole intellectuel, quand il cherche à voyager. La vérité diplomatique est le plus souvent duelle… ou double.