Monde & Vie

Numéro 1052

DOSSIER DU MOIS

Pourquoi l’Algérie

 

Pourquoi un dossier sur l’Algérie ? Parce que nous sommes convaincus que, depuis longtemps le sort de l’Algérie et le sort de la France sont intimement noués. C’est la France qui a fait l’Algérie note Shamy Chemini (p. 9-10). Et on peut ajouter qu’elle la faite révolutionnaire, à son image. La France révolutionnaire s’est rêvée pendant vingt ans en État tout puissant donnant ses lois à l’Europe. L’Algérie se vit comme un État à la fois révolutionnaire et militaire. Le FLN reste à Alger le parti d’une révolution indépendantiste toujours vivante. De Boumédiene à Tebboune, c’est le pouvoir militaire qui règne en Algérie. Le monde ne le comprend pas. Les Algériens en ont une conscience renouvelée chaque jour, comme nous le font bien comprendre les deux indépendantistes kabyles interrogés ici par Hervé Bizien (pp. 13-14). À Evian, nous avons abandonné l’Algérie. Elle ne cesse, dans sa politique révolutionnaire de se venger de cet abandon.

Souvenons-nous des trois coups de chasse-mouches du Bey d’Alger à l’ambassadeur de France, en 1827 ; la réaction d’honneur du roi Charles X nous a menés à la prise d’Alger en 1830. Tant que la France et l’Algérie ne se réconcilieront pas dans l’honneur, c’est-à-dire dans une sorte de paix des braves, la veulerie française dont parle si précisément Eric Letty (p. 8) interdit toute réconciliation fraternelle.

Alors peut-être que l’abrogation de la loi de 1968 (p. 11), inspirée par un patronat avide de main-d’œuvre, ouvrira-t-elle la voie d’un dialogue apaisé entre frères.

Car ce qui unit la France à l’Algérie ce ne sont pas des intérêts économiques (ici de la main-d’œuvre, là des subventions). L’Algérie a besoin de comprendre que la France appartient et constitue une part fondatrice de son histoire quand la France a également besoin de reconnaître les Algériens comme des frères et pas comme de la chaire humaine pour ses usines d’automobiles.