Sans compter les vigiles et les quatre temps, et gardant le souvenir du temps où l’on devait « faire maigre » chaque vendredi en s’abstenant de prendre de la viande, nous reconnaissons dans l’année liturgique, trois longues plages de temps consacrées à la pénitence, savoir le temps de l’Avent, celui de la Septuagésime et celui du Carême. Ces occasions sont ressenties aujourd’hui par les catholiques comme trop nombreuses et, du plus haut de la hiérarchie jusqu’aux fidèles de base, chacun se dispense de ces efforts, inscrits dans le Calendrier, mais qui s’effacent de nos mémoires.
Pour nos ancêtres dans la foi, ces temps revêtaient une grande importance comme pour les orthodoxes encore aujourd’hui. A notre époque où les régimes minceurs se multiplient et font leur publicité de façon récurrente, nous devons ambitionner de redonner un sens à nos jeûnes, en en faisant non seulement un moyen d’améliorer notre image ou notre santé, mais d’abord une manière de nous rapprocher de Dieu, et de lui montrer notre amour.
Cela s’appelle « travailler pour son salut ». En latin le mot salus signifie la santé, et renvoie indissolublement à l’âme et au corps. Une telle référence à la langue latine nous permet de comprendre que la morale ne repose pas sur un catalogue de péchés à exclure, comme s’il suffisait de faire le vide pour accéder au bien. Notre quête est une quête de santé, parce qu’il y a une santé de l’âme comme il y a une santé du corps et que ce Carême doit nous permettre de retrouver cette force psychosomatique, qui s’use quand on en oublie l’urgence et la nécessité.