Il fait sombre en cette quatrième veille de la nuit. Sur l’injonction de Jésus les apôtres sont allés pêcher à
la lampe, Et brusquement entre 3 et 6 heures du matin, le vent s’est levé. Ils sont seuls sur le lac. Jésus
n’est pas avec eux. Il va falloir souquer ferme pour revenir sur le rivage. Qu’importe ! Ce sont des
professionnels. Ils en ont vu d’autres. Une pensée doit pourtant les traverser : pourquoi le maître n’est-il
pas avec eux ? « Je vous attends ». Souvent Jésus s’isolait ainsi pour prier… Ils le connaissent bien
maintenant ou plutôt ils connaissent ses habitudes, ils ne peuvent pas lui en vouloir… Mais il y a ce vent et
les vagues qui s’acharnent sur leur barque. L’esquif est fragile. Certains frissonnent. Est-ce le froid ? N’est-
ce pas quelque chose qui ressemble plus à la peur ?
Alors que la peur monte, ils aperçoivent une ombre sur le lac : un fantôme? Il semble vouloir les dépasser.
Il ne s’arrête pas. Quel soulagement ! Et voilà qu’ils entendent la voix familière : « C’est moi, n’ayez pas
peur ! » Les voilà vraiment rassurés. Si Jésus est là, le happy end est assuré. D’ailleurs avant qu’ils aient eu
le temps de le réaliser, les voilà sur le rivage.
La peur… On l’avait oublié celle-là. Sans doute la plus omniprésente des passions humaines et en même
temps celle que l’on cache, celle que l’on planque… Parce que, quand on veut être des hommes on en a
honte. Jésus a le don d’exorciser la peur en eux. Hélas, lorsque viendra l’heure de la Passion, alors que
Jésus est arrêté, le premur réflexe des apôtres sera de s’enfuir. Seuls Pierre, tremblant et prêt à trahir Jésus
devant la première servante : « Je ne connais pas cet homme » ; seul Jean, en définitive, lui qui est de la
famille du grand prêtre restera debout jusqu’à la fin, au pied de la croix.
Apprenons à regarder nos peurs en face. Elles sont innombrables et multiformes, toutes indignes de
l’homme nouveau en Jésus-Christ que nous sommes devenus ou que nous voulons devenir.