« Aimez vos ennemis ». Cette formule bien connue de Jésus semble empêcher certains d’entrer dans la foi chrétienne. Les christo-sceptiques font même de cette phrase un casus belli contre le christianisme Si l’ennemi est d’abord l’adversaire de nos valeurs, comme le répète M. Trump en ce moment, alors il est bien naturel que nous ayons des ennemis, et que nous les traitions comme tels parce qu’ils deviennent les adversaires de notre civilisation. Seul un christianisme dévoyé enseigne à confondre l’ami et l’ennemi dans un brouillard suicidaire, qui cache mal des passions auto-destructrices de notre décadence. On risque gros quand on a attrapé cette maladie qui confond tout dans le champ visuel de chacun et qu’Alain Finkielkraut naguère appelait l’autrisme. Essayons donc de mieux comprendre ce commandement de l’amour des ennemis, en scrutant le texte évangélique.
Les chrétiens, peut-on lire dans ce passage, doivent se comporter avec tolérance, en imitant Dieu, le premier tolérant. « Il faut que vous soyez des fils de votre Père qui est dans les cieux. Il fait lever son soleil sur les bons et les méchants et il fait pleuvoir sur les justes et les injustes ».
Lorsque Jésus nous commande d’aimer nos ennemis ce n’est pas parce qu’il chercherait à confondre le bien et le mal, comme certains chrétiens modernisés, pour lesquels tout vaut tout et son contraire, au nom d’une charité échevelée et mal comprise. C’est à l’exact opposé parce qu notre Dieu entend qu’on respecte l’ordre humain, sans jamais qu’il devienne licite de le détruire au nom de la religion ou de pseudos-guerriers de la foi.
Aimez vos ennemis signifie ici (Matth. 6, 44) : soyez capables de vivre avec vos ennemis sans faire régner sur le pays où vous habitez une terreur idéologique qui les exclurait de la société dans laquelle vous vivez et qui réserverait et le soleil qui fait mûrir les vendanges et la pluie qui féconde les terres, à certains et pas à d’autres. Aujourd’hui la guerre de l’eau qui fait rage en Palestine montre le bien fondé très politique de l’avertissement de Jésus.
Abbé G. de Tanoüarn