Merci pour ce moment…

Ahurissante conclusion du débat parlementaire avant l’échec du vote de confiance au gouvernement Bayrou, le 8 septembre !

À la fin de la séance, avant que l’Assemblée se soit prononcée, le Palois remercie ses ministres de l’avoir accompagné pendant la guignolade de neuf mois qui prend fin ce jour-là : « je veux dire à chacune et à chacun des membres du gouvernement (…) que ces neuf mois ont procuré au Premier ministre que je suis un profond bonheur », dit-il. « Nous avons en effet réussi – déjouant ainsi tous les pronostics – à former une équipe composée de nombreux poids lourds, unie par des liens de solidarité et d’amitié et qui, durant toute cette période, n’a pas connu une seule crise ni la moindre tension. » Comme dirait Valérie Trierweiler, la concubine répudiée de François Hollande, merci pour ce moment !

François Bayrou a, en effet, fait de son mieux pour éviter (sauf accrocs) que des tensions n’apparaissent au sein de ce gouvernement de poids lourds et de poids morts : c’est-à-dire qu’il n’a rien fait, sinon de l’esbrouffe. Le 8 septembre, il s’est retiré satisfait, en pensant déjà au rendez-vous présidentiel de 2027, avec la perspective de se présenter en prophète si, comme c’est probable, la France affronte d’ici-là une crise majeure. Son autosatisfecit était d’autant plus indécent qu’au début de la séance, il avait dressé le tableau d’une France acculée à la faillite, en affirmant que la « maîtrise » des dépenses publiques et de la dette (plus de 3 400 milliards d’euros !) est devenue une question « d’urgence vitale – car notre pronostic vital est engagé – dont dépendent notre État, notre indépendance, nos services publics et notre modèle social ». Autrement dit, le secteur public.

Dans son discours, Bayrou évoquait pourtant le retard de production de la France sur ses voisins, sans lequel notre pays « n’aurait aucun problème de déficit ou de dette ». Or les entreprises, qui produisent, sont pressurées par des prélèvements obligatoires de plus en plus écrasants, pour financer le tonneau des Danaïdes d’un État léviathan de plus en plus obèse, son déficit et sa dette. Les faillites, dont le nombre a explosé en 2023 et 2024 (effet des politiques du « quoi qu’il en coûte » lors du Covid-19 et des sanctions qui devaient mettre la Russie à genoux) pourraient concerner encore 68 000 entreprises en 2025 et menacer 240 000 emplois. Du poids de l’impôt et des charges résulte aussi l’appauvrissement croissant des Français, qui a provoqué la jacquerie fiscale des Gilets jaunes et s’exprime aujourd’hui par la voix des « Nicolas », mouvement protestataire de citoyens las d’être tondus. Ceux-là seront bien aises que François Bayrou et ses ministres aient filé une lune de miel de neuf mois… À la crise économique s’ajoutent d’autres fractures, non moins dangereuses et sans doute plus longues à résorber : démographique, identitaire, morale, spirituelle… qui contribuent au grand déracinement de la population française et menacent l’unité du pays. Or, le panorama politique actuel n’a rien d’enthousiasmant. Parmi les vérités sorties toutes nues, ce 8 septembre, de la bouche de nos politiciens, qui d’ordinaire tient plutôt du puits de mensonge, je retiens celle de Gabriel Attal, qui a déclaré que « les Français (…) ne croient plus dans la politique et (…) s’en désintéressent, voire la fuient ». Et l’on n’imagine pas que Sébastien Lecornu, héritier de Bayrou et petit soldat de Macron, ait les moyens de relever les défis qui se posent et encore moins d’y remédier, si d’aventure il en avait le désir. Au lendemain de la chute de François Bayrou, des commentateurs doutaient, sur une chaîne télévisée, de la possibilité qu’émerge un « homme providentiel ». Cette attente, vieille tentation française, est d’ailleurs en général vouée à l’échec. Dans notre histoire, le seul « homme providentiel » qui soit apparu était une jeune fille de dix-neuf ans, que des clercs politiques acquis à l’envahisseur brûlèrent à Rouen. Elle nous a laissé sa devise : Dieu premier servi – et le reste, quel qu’il soit, sera donné par surcroît. Dans la déréliction politique actuelle, cette devise de Jeanne est signe d’espérance.

Partager cette publication :