Au cours de son récent voyage en Belgique, le pape a rappelé que l’avortement est un homicide et qualifié de « tueurs à gages » ceux qui le pratiquent. Il a cité en exemple le roi Baudouin, qui avait spectaculairement démissionné pour ne pas signer la loi légalisant l’avortement dans son pays. A contrario, Michel Barnier est de mœurs très républicaines.
À défaut de créer l’enthousiasme, sa nomination à Matignon avait suscité l’espoir que le projet de légalisation de l’euthanasie serait abandonné. Cet espoir se trouvait renforcé par la nomination au gouvernement, à la grande colère de la gauche, macronistes compris, de trois élus républicains “coupables” de s’être opposés aux lois dites “sociétales”, y compris sur l’inscription de l’avortement dans la Constitution et… sur l’euthanasie. Or, cet espoir entrevu est déjà déçu.
À peine entré à Matignon, le nouveau Premier ministre s’est empressé de donner des gages à ses adversaires : pas question de revenir sur les « acquis » glorieux de ces dernières années, mariage inverti ou constitutionnalisation du massacre des enfants à naître. Le propre des conservateurs est de conserver la révolution elle-même. On trouve dans leur armoire à pharmacie, soigneusement rangées et étiquetées, toutes les fioles des poisons successifs qu’on leur a fait boire, avec leurs regrets d’avoir rechigné à les ingurgiter et leurs remerciements aux apothicaires.
Rien n’obligeait le nouveau Premier ministre à remettre sur le métier l’examen du texte sur la « fin de vie », stoppé l’été dernier par la dissolution de l’Assemblée. Pourtant, au mois d’octobre, il a fait savoir qu’il le reprendrait « où il a été interrompu », pour ne pas perdre de temps. Homme pressé, Barnier craint-il que la courte espérance de vie de son gouvernement ne lui laisse pas le temps ni la gloire d’accoler son nom à ce nouveau texte mortifère ? Ce qui caractérise la droite à laquelle il appartient, c’est sa lâcheté très ordinaire. Le chef du gouvernement se réfugie derrière l’alibi des soins palliatifs, auxquels de nouveaux « efforts » seraient consacrés, dit-il… Plaisanterie tragique. Une fois l’euthanasie légalisée, la mort l’emportera sur les soins ultimes, à la fois parce qu’il est plus simple d’interrompre une vie que de la prolonger et parce que les médecins, trop peu nombreux et débordés, sont appelés ailleurs : aujourd’hui, les services de soins palliatifs ferment.
Les motifs avancés par l’entourage de Barnier, rapportés par la presse, sont minables. La légalisation de l’euthanasie serait « une exigence forte des députés macronistes » et « la contrepartie pour pouvoir avancer sur les dossiers liés à l’immigration ». Donnant-donnant : tu me laisses tuer les malades (puis les vieux, les infirmes, les ados mal dans leur peau…) et je te concède le droit de limiter l’immigration. Comme toujours, la droite est encore plus naïve que cynique. Ce n’est pas en passant sous les fourches caudines de la gauche – macronistes compris – que le Premier ministre désarmera son opposition à sa politique. À l’aube de la Révolution, le gouverneur de la Bastille, Launay, s’était lui aussi imaginé que s’il ouvrait les portes de sa forteresse, ceux qui l’assiégeaient lui feraient une visite de courtoisie après s’être essuyé les pieds sur le paillasson : ils lui coupèrent la tête et la fichèrent sur une pique. Deux siècles plus tard, les gens de droite n’en ont toujours pas tiré la leçon : les imbéciles continuent d’ouvrir les portes à leurs ennemis en s’imaginant que ces derniers leur en sauront gré. Quand Barnier aura cédé sur la question essentielle que constitue la fin de vie, la gauche lui dressera un procès sur le reste et le contraindra à de nouvelles reculades, y compris sur l’immigration.
Mais le respect de la vie aura une fois de plus été battu en brèche et la France aura fait un pas supplémentaire sur la voie de l’apostasie, à la satisfaction des ennemis du christianisme. Michel Barnier aura bien mérité de la franc-maçonnerie et de la gauche anticléricale, qui ne lui en auront aucune reconnaissance.