Le séisme s’est produit : Donald Trump a été élu pour la deuxième fois à la présidence des États-Unis. Il apparaît même mieux installé au pouvoir que jamais, puisque les républicains détiennent la majorité à la chambre des représentants et au Sénat. Les médias « politiquement corrects » font la grimace, oubliant comme à chaque élection outre-Atlantique que la France n’est pas le cinquante-et-unième État américain. Et si pourtant Trump était un artisan de paix ?
La principale question à se poser est de savoir quelles conséquences cette élection aura pour notre pays. Je m’inquiète moins de ce que leur nouveau président fera pour les États-Unis, que de ce que ne font pas pour la France les prétendues « élites » qui sont supposées la conduire – à commencer par le président de la République, qui sacrifie l’intérêt français à son idéologie eurocratique. Or, le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche n’est pas a priori une bonne nouvelle pour les partisans d’une Europe fédérale. Il s’est engagé à œuvrer au rapide retour de la paix en Ukraine, ce qui va à rebours, non seulement de la politique pratiquée par Joe Biden et son équipe, mais aussi de celle conduite depuis des années par l’État profond américain. Voilà longtemps, en effet, que l’Ukraine est un enjeu majeur de la confrontation entre la Russie et les États-Unis en Europe : elle l’était bien avant l’entrée de l’armée russe sur son territoire en février 2022 et avant même la révolution de Maïdan et le début du conflit intra-ukrainien en 2014.
Les États-Unis avaient intérêt à la guerre, car une entente entre l’Allemagne et la Russie pouvait menacer leur hégémonie en Europe. Ce danger a été conjuré par le conflit russo-ukrainien, qui a suscité un retour à la guerre froide et une rupture entre les Russes et les Allemands, qui se sont alignés sur la position américaine. Les stratèges américains savaient que la Russie ne pourrait pas accepter l’intégration de l’Ukraine dans le giron occidental, sauf à devenir une puissance de deuxième ordre, ce qui n’entre pas dans les conceptions de Vladimir Poutine.
L’Union européenne a elle aussi misé sur la guerre. Elle apparaît comme un ectoplasme qui tente d’utiliser le conflit ukrainien pour se construire sur un modèle fédéral, au mépris des intérêts des nations qui la composent. La France aurait pu et dû jouer la carte de la conciliation et de la paix ; mais Emmanuel Macron s’est au contraire déguisé en matamore, brandissant la menace insensée d’envoyer des soldats français en Ukraine – et s’attirant d’ailleurs une rebuffade de la part du chancelier Olaf Scholz. Les ambitions européennes du chef de l’État français et son utopie européiste le conduisent en effet à souhaiter l’affrontement avec la Russie, car il voit en elle l’ennemi de grande envergure contre lequel l’Union européenne fédérale pourra se construire en se dotant, en plus de la monnaie commune (l’euro), de ces autres éléments de la souveraineté que sont une armée et une diplomatie communes. La perspective d’un désengagement américain lui-même fournit d’ailleurs à Macron un argument supplémentaire en faveur de la construction, autour de la guerre en Ukraine, d’une Europe de la défense ; cela « quoi qu’il en coûte » et dût-on avoir la guerre. La présidente de la commission européenne, Ursula von der Leyen, campe sur des positions similaires en se déclarant prête à accueillir l’Ukraine de Zelensky au sein de l’U.E., ce qui pour les Russes serait inacceptable.
Ces attitudes va-t-en-guerre sont particulièrement peu crédibles au moment où les Américains semblent prêts à se désengager, où les Russes sont en position de force sur le terrain et où Zelensky lui-même, auquel l’appui de l’Union européenne ne paraît pas assez solide sans les Américains, envisage de négocier. Il en est plus que temps, en effet. Des centaines de milliers de soldats des deux camps sont morts, sacrifiés aux appétits de puissance des uns et aux utopies des autres. Si l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche permet de mettre fin à cette tuerie, ce résultat en fait, à lui seul, sera une très bonne nouvelle.