Léon XIV, apôtre de la « magnifique humanité »

«Magnifique humanité » : de prime abord, le titre de la première encyclique du pape Léon XIV surprend. Est-elle si belle, cette humanité qui donne le spectacle ininterrompu des guerres, des violences et des injustices de toutes sortes ? Pourtant, en prenant chair de la Vierge Marie, le Verbe de Dieu incarné, Jésus Christ, a divinisé l’homme en Sa personne. Et c’est dans ce visage du Fils que le pape invite à contempler « une magnifique humanité qui éclaire également l’ère de l’I.A. ».

L’encyclique à la fois politique et sociale que le Saint-Père consacre à cette révolution numérique s’inscrit dans le même esprit que Rerum novarum, publiée en 1891 par Léon XIII pour répondre aux défis de la révolution industrielle. Son objectif n’est pas de condamner par principe la prétendue intelligence artificielle, qui peut être « une aide précieuse ».

Pas plus qu’un autre outil forgé par l’homme, cette technologie n’est bonne ou mauvaise. Elle le devient en fonction de la manière dont l’être humain choisit de l’utiliser.

Pour illustrer ce choix, le pape utilise deux exemples tirés de l’Ancien Testament. Le premier est la tour de Babel, construction humaine « dont le sommet pénètre les cieux » : les hommes ambitionnent de prendre la place du Créateur. Hélas, la tentation est toujours la même depuis la promesse mensongère du serpent faite à Ève : « Vous serez comme des dieux. » Aujourd’hui, le transhumanisme réitère la même promesse lorsqu’il déploie la puissance technologique pour séduire nos contemporains, en faisant miroiter à leurs yeux les mirages du « dépassement de l’humain » et de l’immortalité : « Vous ne mourrez pas ! », dit aussi le serpent… En réalité, la déshumanisation est en cours lorsque le transhumanisme affiche le mépris du corps humain en proposant un « homme augmenté » artificiellement.

De Babel, ne restent même pas les ruines et la tour en s’écroulant écrase ses constructeurs. Le mauvais usage de l’I.A. risque non pas d’humaniser le robot, mais d’aboutir à la robotisation de l’humain, contre laquelle Bernanos mettait déjà en garde en 1947. Près de quatre-vingts ans plus tard, Léon XIV avertit du « piège profond » tendu à une humanité “babelisée” : « Lorsque la cité se construit sur l’orgueil et la prétention à se suffire à elle-même, […] le résultat n’est pas l’unité, mais la dispersion. Babel révèle ainsi la limite de toute construction qui, aussi grandiose soit-elle, naît de l’absolutisation de l’humain et de sa prétention à l’autosuffisance, sacrifie la dignité des personnes à l’efficacité et aspire à atteindre le ciel sans la bénédiction de Dieu. » Cet avertissement ne concerne pas seulement l’I.A !

Cette dernière, observe encore le Saint-Père, tend surtout à renforcer le pouvoir de grands groupes privés seulement soucieux de maximiser leurs profits et disposant des ressources économiques et des compétences nécessaires. Par la collecte massive de données et l’utilisation de systèmes algorithmiques, ils peuvent « profiler, prévoir et orienter les comportements », avec les conséquences qui en découlent en termes de dépendance à la technologie, mais aussi de contrôle social, de menaces sur la liberté, le travail humain, la famille et les relations entre les personnes. Léon XIV retrouve en outre les accents de Léon XIII pour dénoncer une nouvelle forme d’esclavage, par l’exploitation inhumaine dans certaines parties du monde d’hommes, de femmes et d’enfants, sacrifiés à l’économie numérique. L’autre exemple que le pape tire de l’Ancien Testament, en l’opposant à Babel, est celui de Néhémie, qui, après l’exode à Babylone, relève les murs ruinés de Jérusalem en mettant « Dieu au centre », avec le secours de la prière et le concours de tout le peuple, qui retrouve ainsi « un langage commun, non pas celui de l’uniformité, mais celui de la communion ». Cette notion de communion est évidemment étrangère au nouvel ordre numérique mondial, mais Léon XIV n’en appelle pas moins les chrétiens à considérer le monde numérique « comme un nouveau continent à évangéliser ». Ce ne sera possible qu’en convertissant le cœur des hommes ; les robots n’en ont pas où Dieu puisse se complaire.

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