« Nous pensons qu’en France, le sursaut est possible, que les Français vont à nouveau s’aimer eux-mêmes et s’aimer entre eux, pour se redécouvrir tels qu’ils sont : viscéralement catholiques. »

Numéro en cours

Eric Letty

Editorialiste

900 numéros de résistance

Ce n’est pas un anniversaire, mais presque : Monde & VIE publie son neuf-centième numéro depuis sa création, en juin 1953, sous le titre Le Monde et la vie. À cette époque, la France, pays, en était encore à la quatrième République ; le journal défendait dans ses premiers numéros la mémoire du maréchal Pétain, mort seulement deux ans auparavant ; le général De Gaulle poursuivait une traversée du désert commencée en 1946 ; en Indochine les soldats français se battaient héroïquement contre le vietminh malgré l’indifférence des Français et l’hostilité des communistes ; l’Algérie était encore française ; Poujade créait son mouvement ; le président de la République, Vincent Auriol, inaugurait les chrysanthèmes. L’Europe était coupée en deux par le rideau de fer, Staline venait de mourir et Khrouchtchev, l’un des principaux acteurs des féroces répressions perpétrées en Ukraine, lui ayant succédé, s’appliquait à faire porter la chapka, à Béria, le chef criminel du NKVD. A Berlin-Est, la population se soulevait contre le pouvoir communiste et les Soviétiques, dont les tanks réprimaient l’insurrection dans le sang. La première moitié du XXe siècle avait été écrite dans le sang et l’autre s’ouvrait sur la guerre froide. La République française, depuis, a changé de numéro et l’hôte actuel de l’Elysée n’a que l’apparence du pouvoir, la souveraineté nationale ayant été presque complètement bradée à la technocratie européenne, elle-même soumise à Washington. Après avoir brièvement tenté, sous Chirac, de jouer la carte de l’indépendance face à l’Amérique, la France agit aujourd’hui en vassale soumise, comme vient de le montrer une fois de plus l’affaire des Mistral russes. Alors qu’à l’Est, l’empire communiste s’est effondré, voilà déjà près d’un quart de siècle, comme une forteresse apparemment redoutable dont toutes les structures auraient été rongées par des termites, nos dirigeants n’ont pas voulu saisir cette chance de sortir de la sujétion organisée depuis au moins la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. Plus que jamais, le peuple français, la nation française restent trahis par les élites. Un nouveau totalitarisme se met en place, de plus en plus vite, sous l’égide des nations-unies et de l’Amérique, dont l’Europe bruxellisée est aujourd’hui à la fois le laboratoire et l’élément avancé ; et ce totalitarisme a le visage du « meilleur des mondes », un univers androgyne, matérialiste, anonyme et égoïste, dans lequel les peuples sont appelés à se dissoudre, les identités à disparaître, les familles à se volatiliser. Les accélérations de l’histoire sont parfois stupéfiantes, mais ce n’est justement pas une raison pour se laisser stupéfier. Depuis qu’en juin 2008, Jean-Marie Molitor, succédant à Olivier Pichon à la direction de ce magazine, m’appela à assumer la rédaction en chef de Monde & VIE, les événements se sont précipités et la civilisation, dans notre pays comme dans le monde, a connu de nouveaux reculs. Comme Olivier Figueras par la suite et l’abbé de Tanoüarn aujourd’hui, je me suis efforcé de préserver la fonction d’outil de veille et de résistance qui, je crois, fut la sienne depuis sa naissance. Notre résistance n’a pas vocation à la clandestinité, elle doit être au contraire comme une lumière allumée sur le boisseau, qui éclaire les ornières du chemin – et plus encore, les pièges qui y sont sciemment tendus par des personnages, des lobbies et des puissances que ne guident ni l’amour de la France, ni celui du catholicisme; or, le regard que nous portons sur l’actualité nous est justement inspiré par l’intérêt national et l’amour de l’Eglise. C’est ce dont traite, au fond, le dossier de ce numéro, consacré à l’identité française aujourd’hui si menacée. Aimer la France, c’est déjà résister au totalitarisme.

Connexion ou Créer un compte