« Nous pensons qu’en France, le sursaut est possible, que les Français vont à nouveau s’aimer eux-mêmes et s’aimer entre eux, pour se redécouvrir tels qu’ils sont : viscéralement catholiques. »

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L'ÉDITO

Eric Letty

Editorialiste

L’ennemi sans nom

C’est la guerre. François Hollande et Manuel Valls l’avaient dit après les attentats de janvier 2015, puis après ceux de novembre et l’ont répété après celui de Nice. Ils le rediront après le prochain, que le premier ministre lui-même annonce inéluctable. Mais pour faire la guerre, il faut être deux : soi-même et l’ennemi. Un ennemi qu’il faut d’abord désigner, si l’on veut l’empêcher de nuire.Qui est notre ennemi ? « Daech », paraît-il, ou plutôt, de son vrai nom, l’Etat islamique. Aïe ! Ce qui est islamique qualifie l’islam. On comprend la réticence des politiques et des journalistes et leur préférence pour la première appellation, plus neutre. Pas d’amalgame : le refrain est connu.Or, si la majorité des musulmans ne sont pas des terroristes prêts à mitrailler des innocents ou à foncer à travers une foule au volant d’un camion, ceux qui commettent ces actes n’en sont pas moins des musulmans. L’ennemi est l’islamisme, soit ; mais à partir de quel moment ou degré l’islam verse-t-il dans l’islamisme ? L’un et l’autre n’ont rien à voir, nous disent les bons apôtres. Ils ont pourtant en commun Mahomet, le Coran, la charia et l’histoire de l’islam, qui n’est pas précisément pacifique. Depuis les années 1980, on a vu se répandre dans nos rues les tenues islamiques, originaires du Moyen-Orient et de l’Arabie saoudite. Celles qui choisissent de les revêtir, les pères ou les maris qui parfois les y contraignent, pratiquent-ils simplement l’islam ou versent-ils dans l’islamisme ? Où est la frontière ? Dans le flou.Ceux-là mêmes qui nous ont entraînés dans cette guerre en déstabilisant les dictatures qui assuraient une cohésion au Moyen-Orient, refusent de préciser cette limite. Il est évidemment plus facile de condamner le « communautarisme », en prenant soin de ne pas désigner la communauté. Quelques jours avant l’attentat de Nice, François Hollande affirmait d’ailleurs que le véritable danger qui nous menaçait était le « populisme », ce qui revient à dire que la France est menacée par les Français.Les dirigeants qui ont déclaré la guerre refusent ainsi de la regarder en face et préfèrent camper sur les catégories républicaines habituelles : c’est plus commode et plus confortable. La question se pose pourtant : sur les millions de musulmans dont les politiques conduites depuis un demi-siècle ont favorisé l’installation en France, combien épousent-ils la cause des terroristes, combien l’ont-ils plus ou moins secrètement en sympathie et combien constituent-ils le « vivier » où cette cause prospère ? Bref, combien d’ennemis avérés ou potentiels se dissimulent-ils au sein de la « communauté » musulmane ?On sent bien qu’il est incorrect de poser cette question : cela ne revient-il pas à jeter le discrédit sur l’ensemble de ladite « communauté » et à semer des germes de division ? Le pouvoir y répugne d’autant plus que l’idéologie véhiculée par le parti socialiste s’y oppose et que les musulmans peuvent constituer pour lui – il l’espère, en tout cas – un réservoir de voix en 2017, comme ce fut le cas en 2012. Moyennant quoi, la France part à la guerre un bandeau sur les yeux.  

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