« Nous pensons qu’en France, le sursaut est possible, que les Français vont à nouveau s’aimer eux-mêmes et s’aimer entre eux, pour se redécouvrir tels qu’ils sont : viscéralement catholiques. »

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L'ÉDITO

Eric Letty

Editorialiste

Emmanuel Macron, de la gauche, du fric et du pouvoir

Macron va-t-il sortir du bois, en se portant candidat à la présidentielle de 2017 ? Le vide politique actuel pourrait l’inciter à saisir sa chance. Il y est poussé par les médias, qui veulent voir en lui le nouveau champion d’une gauche qui gagne, non sans paradoxe puisque les mêmes journalistes encensent parallèlement le mouvement « Nuit debout », animé par une extrême-gauche très hostile au ministre de l’Economie. Sa cote progresse aussi, dans les sondages, chez les sympathisants du parti « Les Républicains », qui le classent, avec 63 % d’opinions favorables, au quatrième rang de leurs chouchous politiques, derrière Christine Lagarde, Alain Juppé et François Fillon – mais devant Sarkozy. Il inquiète d’ailleurs à droite comme à gauche, surtout depuis qu’il a créé son propre parti, En marche. Hollande déclare qu’entre son ministre et lui, ce n’est « pas simplement une question de hiérarchie, il sait ce qu’il me doit. C’est une question de loyauté personnelle et politique ». Nul n’ignore qu’en politique républicaine, c’est la loyauté qui dicte les conduites… Juppé s’irrite aussi, en voyant le petit prodige venir piétiner ses plates-bandes au centre mou du terrain de jeu politique : « Vous pensez que c’est à ça qu’un ministre doit consacrer son temps aujourd’hui ? Créer un nouveau parti plutôt que de faire son boulot de ministre ? », râle l’ex « meilleur d’entre nous ». On sent passer un vent de panique, qui forcit encore quand Macron suggère de supprimer l’ISF, jetant une pierre à la fois dans le jardin du premier ministre, occupé à calmer sa gauche, et dans celui du maire de Bordeaux, qui, premier ministre de Jacques Chirac, avait aggravé l’effet de cet impôt. Le profil de Macron a tout pour séduire une certaine bourgeoisie : bien peigné, propre sur lui, ce premier de la classe politique, élève chez les « jèzes », khâgneux, énarque, haut-fonctionnaire (il appartient au corps prestigieux d’où sortent les présidents, l’inspection générale des finances), banquier d’affaires, milliardaire et social-libéral. Quoi de mieux ? Certes, certains détails déparent le tableau : il a adhéré au PS dès l’âge de 24 ans, collabore à la fondation Jean Jaurès, a occupé dès 2012 les fonctions de secrétaire général adjoint de la présidence de la République auprès de Hollande, avant d’être nommé au ministère de l’Economie en récompense de ses bons et (pour l’instant) loyaux services. Il a donc participé à la politique dont on recueille aujourd’hui les fruits. Mais c’est aussi un « bébé Attali », qui a contribué en tant que rapporteur-adjoint au rapport sur la « libération de la croissance » remis en 2008 par son mentor à Nicolas Sarkozy ; avec ça, membre comme la plupart des apparatchiks socialistes de la fondation France-Amérique, cette école de vassalité  transatlantique. Et le bourgeois juppéiste achève de se rassurer en pensant que c’est aussi un homme d’argent, gérant de la banque Rothschild, bénéficiaire et représentant de cette Finance mondialisée, qu’Hollande désignait en 2012 comme son ennemie irréconciliable… Un milliardaire qui a su profiter de la réconciliation de la gauche avec l’Argent et qui déclare : « Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires ». Mais ne faut-il pas surtout des ministres milliardaires qui aient envie de redevenir français ?

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