« Nous pensons qu’en France, le sursaut est possible, que les Français vont à nouveau s’aimer eux-mêmes et s’aimer entre eux, pour se redécouvrir tels qu’ils sont : viscéralement catholiques. »

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L'ÉDITO

Eric Letty

Editorialiste

La grande misère des partis de droite

Assommées. Quatre mois après l’accession d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, les droites, dans leur ensemble, n’en finissent pas de traverser un désert politique et de régler les comptes des élections perdues. C’est le cas des « Républicains », qui ne se remettent pas d’une défaite jugée impossible ; mais aussi du « Rassemblement Bleu Marine », dont la figure de proue s’est fracassée lors de son débat avec Macron et dont l’accès au second tour, au lieu d’une victoire, a pris le goût amer d’un échec. De part et d’autre, les querelles internes stérilisent les énergies et empêchent l’émergence d’une opposition sérieuse au nouveau gouvernement. On en reste au niveau zéro de la politique, entre « petites phrases » et polémiques « touitées ».Chez les « Républicains », les velléités d’opposition sont en outre découragées par l’existence du courant « constructif » tenté de se rallier au pouvoir, et par les luttes de chefaillons sur fond de vraies divergences idéologiques. Ces divergences ont été récemment illustrées par la sortie de Valérie Pécresse à propos de « la force d’âme » de la droite, qui aurait consisté à préférer Charles de Gaulle à Charles Maurras. On y a vu, à juste titre, une pierre jetée dans le jardin de Laurent Wauquiez, suspecté d’ « extrémisme », par une équivalence non formulée, mais suggérée : Wauquiez = Buisson = Maurras = Pétain. Mais Pécresse n’a pas complètement tort et la malédiction de la droite dite “de gouvernement” pourrait bien découler de son héritage gaulliste, à la fois par une vieille compromission avec les communistes qui l’a empêchée d’intenter à la gauche un procès en complicité avec les totalitarismes rouges, et par la tentation d’abandonner à cette même gauche la culture et les sujets de civilisation, en se focalisant sur les thématiques économiques.Étrangement, Marine Le Pen, héritière d’un parti qui insistait au contraire sur les sujets de civilisation – à commencer par l’immigration – les a en grande partie mis sous le boisseau pour ferrailler aussi sur les thèmes économiques, avec le succès que l’on sait. En s’appropriant, sous l’influence de Florian Philippot, des propositions qui relevaient du « gaullisme de gauche », elle a désorienté l’aile droite de son parti. Wauquiez aurait pu en profiter pour tendre la main aux déçus du “marinisme” et fonder le grand parti d’opposition de droite qui manque au pays. Mais il fallait pour cela franchir le Rubicon, prendre le risque de laisser partir le centre mou des Pécresse, Juppé, Riester et autres Raffarin, et s’appuyer sur le vrai « peuple » de droite, qui reste majoritaire en France, pour défier la caste médiatique qui n’aurait pas manqué de lui aboyer aux basques, du Figaro à Charlie-Hebdo. Il ne l’a pas voulu ou pas osé. L’occasion ne s’en représentera probablement pas, car Marine Le Pen, tirant la leçon de son échec et pour désarmer les critiques au sein de son propre camp, a rompu avec Philippot et cette rupture lui permettra probablement de ressouder son parti derrière elle lors du prochain congrès du F.N., si elle opère un tournant à droite.Pour l’instant, Emmanuel Macron, pourtant déjà impopulaire, ne voit donc se dresser en face de lui qu’une extrême gauche incapable d’exister politiquement, fût-ce par la rue. À défaut, dans un paysage politique ruiné, miné par le désintérêt croissant des Français pour les chamailleries partisanes et leur dégoût de la classe politicienne, la véritable opposition à des mesures gouvernementales « progressistes » pourrait venir, non pas des partis constitués, mais, comme ce fut le cas sous Hollande, de la « société civile ». La Manif pour Tous n’est pas morte.  

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