« Nous pensons qu’en France, le sursaut est possible, que les Français vont à nouveau s’aimer eux-mêmes et s’aimer entre eux, pour se redécouvrir tels qu’ils sont : viscéralement catholiques. »

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L'ÉDITO

Eric Letty

Editorialiste

Victoires et gueule de bois

La deuxième partie de la tragi-comédie républicaine s’est terminée le 19 juin, d’une manière bien différente de ce que les sondages avaient laissé prévoir. J’avoue avoir été surpris aussi, notamment par le nombre élevé des sièges obtenus par le Rassemblement national. C’est une victoire de Marine Le Pen, qui dispose d’un groupe puissant à l’Assemblée. Une alliance entre les différents partis patriotes leur aurait peut-être permis de disposer d’encore plus d’élus, mais le RN lui-même y aurait peut-être perdu. Marine Le Pen n’aime pas la concurrence et le combat des chefs qui l’a opposée à Eric Zemmour pendant la présidentielle l’a sûrement confortée dans son choix de faire cavalier seul. Sans le vouloir, son rival lui a toutefois rendu un fier service en occupant la place du diable dans les médias, faisant ainsi office de paratonnerre. L’idée d’union des droites, qu’il a échoué à imposer, était ce qui pouvait le plus déplaire à la gauche, car elle aurait détruit le piège jadis tendu par Mitterrand. Marine Le Pen pense échapper à ce piège en répudiant la division entre la gauche et une droite dont elle se garde bien de se réclamer, mais au-delà du clivage partisan, une opposition fondamentale demeure entre les conceptions différentes de la société : réalistes et ordonnées d’une part, utopistes et progressistes de l’autre.

La patronne du RN sort néanmoins de ces législatives d’autant plus renforcée qu’il sera difficile, désormais, de la rediaboliser, et que son parti, qui se trouvait dans une situation financière précaire, va percevoir les dividendes du score qu’il a réalisé. Reste à voir ce qu’elle en fera. Comme présidente du nouveau groupe parlementaire, elle sera à la manœuvre. Sauf en cas de dissolution de l’Assemblée par Emmanuel Macron ou de démission de ce dernier (plus improbable, mais les difficultés sont devant lui et devant les Français…), elle a cinq ans, avant la prochaine présidentielle, pour convaincre nos compatriotes qu’elle dispose du personnel et du sérieux requis pour gouverner la France.

Emmanuel Macron, quant à lui, n’aura pas d’état de grâce – le refus des Français de lui donner une majorité de gouvernement le lui signifie – et ne pourra plus gouverner seul, comme il l’a fait jusqu’ici, entouré de ses familiers et de ses conseillers, en snobant le Premier ministre et le gouvernement. Coincé entre le RN et l’extrême gauche, il peut espérer trouver des majorités ponctuelles, mais sans doute pas obtenir les pleins pouvoirs de l’Assemblée actuelle. En marche sans godillots, on ne va pas très loin. Et le choix d’Olivier Marleix comme président du groupe LR n’est pas de bon augure pour lui : ce député, ancien président de la commission parlementaire chargée d’enquêter sur la vente du pôle énergie d’Alstom à l’Américain General Electric, a suspecté le chef de l’État d’avoir été impliqué dans un « pacte de corruption » et été à l’origine de l’ouverture par le parquet financier d’une enquête préliminaire. Le dossier n’est pas clos.

Enfin, l’importance de l’abstention relativise fortement les scores réalisés par les différents partis. Elle ne résulte pas de l’incivisme des Français, mais contient un vrai message politique : une grande partie de nos compatriotes ne croit plus au système et ne veut plus participer à ce jeu de dupes. Ce désintérêt ou ce dégoût se renforceront si les politiques se contentent de promesses démagogiques, comme le font Mélenchon, Marine Le Pen et Macron, en prétendant garantir le pouvoir d’achat des Français alors qu’ils n’en ont pas les moyens. Mais la démagogie n’est-elle pas l’âme de la République française ?

Un mot pour terminer sur une note plus optimiste, qui ne concerne pas directement notre pays, mais qui portera du fruit : le 24 juin, la Cour suprême des États- Unis, remaniée sous la présidence de Donald Trump, a reconnu que l’avortement n’est pas un droit constitutionnel. Treize États fédéraux ont immédiatement déclaré cette pratique homicide illégale, et, à terme, la moitié des États de l’Union devraient l’interdire ou la limiter sérieusement.

La culture de mort peut être vaincue !

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