« Nous pensons qu’en France, le sursaut est possible, que les Français vont à nouveau s’aimer eux-mêmes et s’aimer entre eux, pour se redécouvrir tels qu’ils sont : viscéralement catholiques. »

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L'ÉDITO

Eric Letty

Editorialiste

Coup bas contre le mariage

Les mauvais coups, les coups tordus, s’accomplissent toujours en silence et dans l’opacité, entre chien et loup. C’est donc dans l’opacité et par surprise que le gouvernement et son garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas, digne successeur de Christiane Taubira, ont prémédité leur nouveau coup bas contre la famille, en présentant à l’Assemblée nationale un amendement greffé sur le projet de loi « justice du xxie siècle », qui introduit ce que Le Monde appelle « une révolution dans les divorces ». Il s’agit de « déjudiciariser » le divorce par consentement mutuel, en dispensant les époux en conflit de passer devant le juge. Les gouvernants socialistes remettent ainsi sur le métier une entreprise qui avait échoué en 2013. Cette nouvelle mouture est encore pire que la précédente, puisque celle-ci excluait de son champ d’application les couples avec enfants, ce qui n’est plus le cas. Le prétexte de la réforme est trouvé : la justice manque de moyens. Il est vrai qu’elle n’est, après tout, que l’une des principales missions régaliennes de l’État, on peut donc se permettre de la traiter en parente pauvre…L’effet de cette « déjudiciarisation » est évident : elle fragilisera un peu plus l’institution familiale, déjà affaiblie. Du mariage pour tous à la facilitation du divorce, l’intention reste la même : il s’agit d’attaquer, tous azimuts, la famille et les familles. L’agression ne date pas d’aujourd’hui et le projet actuel s’inscrit dans la ligne de l’instauration du divorce par consentement mutuel, en 1975, et de sa précédente facilitation, en 2004, qui ont déjà « fait décoller le nombre de divorces », comme le rappelait dans Le Figaro du 11 mai Jean-Marie Andrès, président de la Confédération nationale des associations familiales catholiques. Pourquoi prendre la peine de se marier, si le mariage n’est plus qu’un contrat à l’amiable ? Le plus haut personnage de l’État offre lui-même l’exemple du concubinage, aussi vite rompu qu’il a fallu de temps à Valérie Trierweiler pour boucler sa valise. Après tout, pensera-t-on, cela ne regarde que le mariage civil, que ses promoteurs francs-maçons avaient voulu, dès l’origine, ériger en rival du mariage chrétien, comme l’a souligné l’ancien ministre Vincent Peillon. Si ce projet se solde par un échec, quelle importance ? Mais les catholiques ne vivent pas en dehors de la société, dont ils doivent au contraire devenir le levain. En laissant cette société française, déchristianisée et déboussolée, se désagréger davantage, ils failliraient à cette mission. D’ailleurs, les familles chrétiennes sont elles aussi fragilisées par les vents mauvais, qui secouent l’Église elle-même : on le voit lorsque certains de ses dignitaires arguent de la multiplication des divorcés-remariés parmi les fidèles pour proposer l’assouplissement de sa doctrine sur le mariage ou de sa discipline sacramentelle. Et comment ne pas penser aux enfants, premières victimes des ruptures ? Avec la dernière hypocrisie et le dernier cynisme, le gouvernement prétend octroyer à l’enfant mineur le droit de s’opposer à la décision de ses parents de divorcer sans passer par le juge. De qui se moque-t-on ?Si les Français ne réagissent pas et si les députés votent cet amendement, un pas supplémentaire aura été franchi vers la mise en place du « Meilleur des mondes ».  

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