« Nous pensons qu’en France, le sursaut est possible, que les Français vont à nouveau s’aimer eux-mêmes et s’aimer entre eux, pour se redécouvrir tels qu’ils sont : viscéralement catholiques. »

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L'ÉDITO

Eric Letty

Editorialiste

L'otage

En théorie, la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne proscrit la peine de mort.

Pourtant, la Cour européenne des droits de l’homme a prononcé, au mois de juin, une condamnation à mort. Le condamné se nomme Vincent Lambert. Pourtant, si un Etat membre de l’Union européenne voulait rétablir la peine capitale pour les assassins d’enfants ou de vieilles dames, les tueurs en série ou les terroristes, les juges européens pousseraient des cris d’orfraie, la Commission de Bruxelles tempêterait, toutes les belles âmes et les bonnes consciences se mobiliseraient. Le premier ministre hongrois, Victor Orban, a pu le vérifier, menacé par le président de la commission européenne, Jean-Claude Junker, pour avoir voulu relancer ce débat dans son pays. Il en va de même lorsqu’un citoyen français, condamné par la justice indonésienne pour trafic de stupéfiants, risque le peloton d’exécution : François Hollande s’émeut et le secrétaire d’Etat aux affaires européenne, Harlem Désir exprime la détermination du gouvernement à se battre « contre la peine de mort partout dans le monde. »

Sauf en France. Car dans le cas de Vincent Lambert, la détermination des socialistes s’exerce en sens inverse. Les belles âmes et les bonnes consciences restent coites, les grandes voix muettes. C’est que ce condamné-là n’est pas comme les autres, il n’a tué personne. Son crime est autrement inexpiable : il est handicapé, couché sur un lit et ne peut pas s’exprimer. Il doit donc mourir, non pas dans la plus complète indifférence, car il est, au contraire, l’objet de l’attention des médias, des gouvernants et des idéologues de l’euthanasie, mais avec l’assentiment des belles âmes et des bonnes consciences, que certains éléments devraient pourtant troubler.

Ainsi, cinq des dix-sept juges de la Cour européenne des droits de l’homme ont vigoureusement protesté contre la décision rendue le 5 juin (et confirmée le 6 juillet) d’interrompre l’alimentation et l’hydratation de Vincent Lambert : « ce qui est proposé revient ni plus ni moins à dire qu’une personne lourdement handicapée, qui est dans l’incapacité de communiquer ses souhaits quant à son état actuel, peut, sur la base de plusieurs affirmations contestables, être privée de deux composants essentiels au maintien de la vie, à savoir la nourriture et l’eau », ont-ils constaté en déniant à la Cour le droit de continuer à s’arroger le titre de « Conscience de l’Europe », qui lui avait été dévolu en 2010.

Par ailleurs, les parents de Vincent Lambert, déterminés à le sauver, sont récemment parvenus à le faire manger et boire par la bouche, ce que le Dr. Kariger, ancien médecin de Vincent obstiné à faire mourir son malade, considère comme un « risque sanitaire majeur ». Plus « majeur » que celui de mourir de faim et de soif ? D’autre part, si sa mère peut alimenter et hydrater cet homme handicapé de manière naturelle, qui l’en empêchera, et au nom de quelle prétendue justice ?

Si les forces de mort mettent à tuer Vincent Lambert un tel acharnement, c’est parce qu’il est aujourd’hui devenu un symbole. Face à ses parents, qui, portés par l’amour de leur enfant, tentent désespérément de le sauver, se dresse une idéologie qui essaie de justifier l’homicide par une fausse pitié et une charité dévoyée, de la même manière que les nazis jadis. Il faut que Vincent meure, parce que sa mort ouvrira une brèche, à la fois dans la loi et dans l’opinion publique, par laquelle passera demain la faucheuse pour prélever sa moisson. Il le faut pour abattre définitivement ce qu’il reste en France de la foi et de l’héritage chrétiens. Il le faut pour que triomphe la culture de mort, illustrée aussi par l’euthanasie en Belgique d’une jeune fille de 24 ans, juste dépressive.

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