« Nous pensons qu’en France, le sursaut est possible, que les Français vont à nouveau s’aimer eux-mêmes et s’aimer entre eux, pour se redécouvrir tels qu’ils sont : viscéralement catholiques. »

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L'ÉDITO

Eric Letty

Editorialiste

Le Christ en son église

Le pauvre homme ! », aurait dit Orgon. Une partie des catholiques, gens peu charitables, tiennent rigueur à ce bon monsieur Sarkozy d’avoir, comme il était prévisible, retourné sa veste (en langue politicienne, on dit « évoluer ») à propos de la loi Taubira de dénaturation du mariage. Ils ne comptent donc pour rien l’effort méritoire qu’il a consenti en se rendant, au même instant, à la messe de réparation célébrée à Fontainebleau par l’évêque de Seine-et-Marne, après l’incendie volontaire qui a détruit une partie de l’église Saint-Louis et les richesses, spirituelles et patrimoniales, qui s’y trouvaient… Au lendemain du sinistre le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, s’était lui aussi rendu à Fontainebleau et avait visité l’église. Cette visite s’imposait, mais la déclaration du ministre, avouant qu’il n’avait « pas conscience de la gravité des faits », m’a surpris. Car cette église n’est pas le premier édifice religieux catholique à être visé par un attentat, loin s’en faut. Les déprédations se multiplient, témoignant d’une haine du catholicisme qu’alimentent les attaques répétées contre l’Église, associées à une ignorance grandissante de son message et de son histoire caricaturés à l’envi. Certains milieux ecclésiastiques s’y prêtent hélas eux-mêmes, comme en témoigne l’exemple – qui a trouvé un esolution heureuse – de l’église romane Notre-Dame de l’Assomption d’Anzy-le-Duc, en Brionnais, joyau architectural du XIIe siècle, classé monument historique. À l’automne 2015, le maire, Jean-Marc Pommier, avait décidé sans concertation avec le clergé local d’en changer les vitraux en faisant appel à un artiste contemporain, Gérard Fromanger, dont l’œuvre devait être financée par un mécène. Fromanger prévoyait de remplacer les thèmes religieux figurant sur les vitraux actuels, qui datent du XIXe et de la première moitié du XXe siècle, par des silhouettes de foules en marche et des astres ronds colorés. Les prêtres desservant l’église, comme les fidèles groupés autour de l’association “Terre et Famille”, s’opposaient au projet, qui avait trouvé une oreille bienveillante du côté de l’évêché. Finalement, l’évêque d’Autun, Mgr. Rivière, a heureusement émis un avis défavorable après avoir rencontré l’artiste. Ce dernier, agnostique, explique avoir voulu « montrer la présence des hommes dans l’église » et « rappeler, sans provocation, que les hommes ont inventé les dieux ». Pas question, par conséquent, de conserver les vitraux représentant la croix ou le Christ, car son projet « ne peut pas aller avec des images pieuses. Si on me veut moi, il faut me donner le tout ». Curieusement, l’évêque a préféré garder Jésus Christ, ce dont l’artiste a l’air de s’étonner : « Il m’a dit : “Pour un chrétien la lumière sur le monde vient de Jésus Christ. Pas des étoiles ou des planètes. Un vitrail doit être traversé par l’image du Christ ressuscité”.  Ah bon… » Décidément, on en apprend tous les jours. Mais dans le fond, le plus simple ne serait-il pas de virer les chrétiens de l’église pour pouvoir y installer les foules et les planètes ?

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